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Hommage aux producteurs

Publié dans Non classé par Emile Girard

C’est pour bientôt, très bientôt. En fait, ça devrait commencer quelques semaines ou quelques mois après que Canoë n’ait lancé sa version du populaire MySpace, qui devrait ressembler à cela (merci Michel).

Quand tous les « majors » tant du monde des médias que de l’économie (qui inévitablement, convergent déjà) auront leur plateforme de blogues, quand toutes se fieront aux utilisateurs pour remplir leur pages vides, on tombera dans une nouvelle ère dans Internet : l’ère des producteurs.

Maintenant qu’Internet est apprivoisé par la majorité, que son architecture a été simplifiée, que les clés d’accès au Web ne sont plus entre les mains d’obscurs programmeurs, que son accès y est désormais démocratisé, viendra inévitablement un rééquilibrage des forces. Impossible de croire que l’augmentation de l’offre de contenu ne mène pas inévitablement vers une élagation de celui-ci, un nivèlement par le haut… d’ailleurs c’est déjà commencé avec les Digg de ce monde qui permettent de faire ressortir ce qu’il y a de meilleur populaire dans Internet. Une véritable révolution, et un puissant incitatif à la production de contenu de qualité.

Exit donc les contraintes techniques, maintenant on s’adresse de cerveaux à cerveaux, sans contraintes. Dans ce contexte, on verra à très court terme une commercialisation de ces cervaux car, en constatant toute l’ampleur du vide qu’ils génèrent, les propriétaires de portails de blogues à la MySpace constateront que le citoyen, une fois l’engoûment du moment passé, désertera ces pages personnelles sans intérêt. Les annonceurs découvriront qu’une très forte proportion du traffic est généré par 2 choses, à savoir : 1) un jeune qui fait 40 pages vues pour mettre son profil à jour; 2) un jeune qui va voir les mises à jour du profil de ses amis. Devant cet échec du plan d’affaires basé sur le volume au détriment de la qualité, on recrutera…

Oui, on recrutera dans ces communautés d’utilisateurs. On ira chercher les meilleurs, les plus brillants, et accessoirement les plus lus. On prendra ces producteurs de contenu et on leur offrira une tribune sur des blogues avec plus d’exposition, loin de la masse, sur un piédestal peut-être. Ils ne seront pas journalistes, mais presque. Ils ne seront pas érudits, mais presque. Ils n’auront pas nécessairement raison, mais presque. Mais ils n’auront pas pour tâche d’être parfaits, plutôt d’être bons et de générer des revenus. Le ciblage fera foi de tout, il deviendra le prochain nerf de la guerre. Un peu comme le Guide de l’Auto mais à plus grande échelle. Les régies s’arracheront aussi la représentation de ces pourvoyeurs de contenus ciblés, de la même manière qu’ils s’arrachent actuellement la vente d’espace publicitaire dans les chaines et émissions spécialisées.

Ces chroniqueurs parleront sport, finances, nouvelles technologies, potins artistiques, etc. Ils feront générer des millions à leurs patrons, et par ricochet aux annonceurs qui s’afficheront au fil de leurs billets. Parce qu’ils gagneront en crédibilité et qu’ils seront appréciés, il deviendront des marques de commerce, des journalistes-vedettes qui pourront enfin faire les putes et jouer les mercenaires…

Le pire ennemi d’Internet a toujours été le temps, qui de plus en plus rapproche la date de péremption de toute nouvelle idée… paradoxalement le temps aussi est son principal allié puisqu’il élague inévitablement le bon du moins bon, ceux qui durent et ceux qui s’éclipsent.

Producteurs de contenu, chers confrères, patientez. Peut-être que l’avenir nous sourira, bientôt…

P.S. Ce monde utopique n’en est peu-être pas un…

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2 commentaires pour “Hommage aux producteurs”

  • Ok, tu as réussi, tu me déprimes! Mais dans le fond, tu as tellement raison. Je te lisais et c’est là que j’ai vraiment réalisé que l’expression « vivre sur du temps emprunté » a sur le web une connotation encore plus intense ! Le temps emprunté ici est si court et l’espace si grand qu’il y a une quantité infinitésimale de pages qui seront laissées derrière comme de vulgaires déchets pour cause d’impopularité. Nous semblons loin d’une ère de « recyclage » et en même temps ce mot est parfait pour décrire la croissance importante de ces « blogs collectifs » qui ne servent qu’à soit répéter la nouvelle, soit à la commenter par la personne qui a une opinion appréciée par les lecteurs.

    Bien sûr, j’ai peur à la véracité de tout ce qui se dit. Autant wikipedia, pour ne citer que lui, est une source d’information, autant il est écrit par ces mêmes envahisseurs de la page vide ! Tout arrive si vite sur le net, mais tout est quand même trop éphémère ! J’ai peur à la lassitude des gens qui se rendront compte qu’ils sont enterrés d’informations pour lesquelles ils n’auront jamais assez d’une vie pour découvrir ! Avant, tout n’était pas aussi facilement à la portée de la main mais maintenant qu’un seul mot peut donner vie à des milliers de connaissances, comment survivre dans cette surcharge de futilités!

    Mon dernier espoir réside dans la possibilité qu’offre cette communication plus que gratuite aux gens qui ne savent pas vers qui se tourner pour avoir une réponse plus ou moins anonyme à leurs questions existentielles. « Suis-je normal de réagir comme ça? Ah oui, tiens donc, il pense comme moi celui-là! » Ces questionnements qui mènent parfois trop de gens à abandonner parce qu’ils n’arrivent pas à s’exprimer dans notre société dite « réelle » pour qui être asocial veut dire « exclusion ». Je souhaite aussi de tout coeur que les expressions écrites ne seront pas réduites au langage « chat » ou « sms » et que cette explosion du « qu’aie-je à dire sur ma vie de tous les jours » profite aux jeunes en déchéance face à notre belle langue française.

  • [...] J’ai une grande annonce à faire, laquelle s’inscrit complètement dans ce que je parlais la semaine dernière dans mon entrée « hommage aux producteurs ». J’y faisais état que les producteurs de contenu tendront dans un futur proche à être considérés de plus près dans les communautés d’utilisateurs qui se multiplient depuis l’avènement de l’ère du Web 2.0. [...]

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